L’exercice a été profitable

Qui a peur de Virginia Woolf... dans le parking ?

Cela faisait longtemps que je souhaitais mettre en ligne mes courts-métrages, jusqu’ici uniquement disponibles sur Facebook mais dans une qualité moindre, bien qu’ils aient tous été tournés en définition standard ; j’ai été diplômé de l’EICAR en 2006, au moment où la HD commençait juste à se démocratiser dans la prise de vue – l’un des nombreux mauvais timings qui ont émaillé ma « carrière »… Ces films eux-mêmes n’ont du reste pas toujours été faits au « bon » moment. Il faut préciser en préambule que cette école d’audiovisuel est l’une des rares, peut-être même la seule, à permettre à tous les étudiants en réalisation de tourner un film de fin d’année. S’il y avait également des sélections des meilleurs scénarios et des récompenses aux films primés lors des projections de fin d’année, c’était uniquement pour pouvoir tourner en pellicule, en général avec une équipe plus chevronnée. Or ça a souvent été mon souci ; comme j’étais toujours prêt avant les autres, je prenais les premiers créneaux de tournage dont personne ne voulait, et je me retrouvais à faire mes films précisément en même temps que ceux en pellicule qui mobilisaient du coup les meilleurs techniciens…

Et puis il n’y a pas de magie, si tous les étudiants peuvent faire un film de fin d’année, c’est aussi avec un matériel bien plus restreint que dans les écoles où seuls les meilleurs scénarios sont tournés, même s’il était augmenté d’année en année. Il me semble qu’on démarrait avec trois ou quatre projecteurs en première année, pour arriver (peut-être) au double en troisième année et, bien vite, beaucoup ont compris qu’il valait mieux louer du matériel en plus, à condition d’en avoir les moyens. Du reste, je m’efforcerai de décrire pour chaque film le matériel à disposition, du moins dans les grandes lignes, surtout quand cela a eu un impact sur le résultat… Et il est vraiment important de se remettre dans le contexte. Moi-même, quand je les revois quinze ans plus tard, je me demande parfois pourquoi je n’ai pas fait ceci ou cela. Et je finis par me souvenir que je ne pouvais pas faire trop d’étalonnage parce que ça aurait fait planter mon PC, ou que notre prof de réalisation imposait des durées maximales, là aussi censées augmenter chaque année (8-10-12 minutes de mémoire), sachant que ses chouchous ne respectaient quasiment jamais ces contraintes. Car si je crois qu’au début il m’aimait bien comme j’étais l’un des plus âgés et les plus expérimentés, cela a hélas vite changé…

Virginia Woolf, catch et 3D

C’était cela dit encore vrai pour cet exercice, le seul dont j’ai conservé un montage (autrement que sur cassette DV du moins), parce qu’il était bien plus découpé que ce que proposaient la plupart des étudiants. Mais par la suite, quand j’ai commencé à faire mes propres scénarios, mon univers très orienté fantastique des années 1980 ne collait pas vraiment à son goût pour le cinéma désinhibé des années 1970 (Mike Nichols, Rob Rafelson, Bertrand Blier et Cie), et puis il a surtout dû être désespéré que je fasse partie de ces intellos qui lisent les Cahiers du cinéma, qui en général ne s’intéressent pas à la technique… Enfin bref. Les exercices consistaient pour la plupart à tourner des scènes provenant de ses films de chevet, ici le premier de Mike Nichols, Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966), que je n’ai toujours pas vu. Le but était de toute façon de proposer une mise en scène différente et plus « personnelle ». En l’occurrence, je me suis contenté d’accorder le découpage à la montée en tension de la séquence et comme je m’étais mis au catch peu de temps auparavant (et que j’étais encore bien naïf et donc fan de Triple H), je n’ai pas pu m’empêcher de placer sa musique d’entrée signée Motörhead, et même si je n’aurais peut-être pas osé ce clin d’œil aujourd’hui, je reste assez satisfait de la synchro entre l’arrivée du générique et le rire de Lemmy Kilmister.

Sur le plan technique, il n’y avait pas d’autre éclairage que celui fourni par le parking du studio d’Ivry que l’on utilisait à l’époque des anciens locaux à Tolbiac. Il y a d’ailleurs eu un petit incident (en tout cas il me semble que ça s’est produit sur cet exercice), quand la propriétaire de la voiture autour de laquelle on tournait est descendue par hasard, avant de repartir horrifiée se plaindre à notre prof. Mais bon, on n’y a pas touché à cette voiture (au plus aura-t-on posé le découpage sur le toit), et on n’allait pas demander à tous les employés à qui était chaque véhicule… Toujours côté matériel, les travellings au début ont été réalisés sur un fauteuil roulant, et cela a été à l’origine d’une sorte d’épiphanie que je n’ai pas tout à fait comprise sur le moment. Il y a en effet quelque chose d’extrêmement agréable à se laisser emporter vers l’arrière – c’est moi qui cadrais – surtout en contre-plongée comme ici, mais le film ne restitue pas cette sensation hélas, à moins d’être en 3D. C’est ce que j’expliquais dans l’un de mes tout premiers articles sur le sujet, quoiqu’en évoquant le cas des rêves dans lesquels on imagine un film, et où l’on n’est jamais (longtemps) devant un écran mais plutôt la caméra elle-même, ressentant physiquement ses déplacements. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis content d’avoir gardé une trace de cet exercice, qui n’était pas dans mon book ni sur mon disque dur mais que j’ai retrouvé sur un CD-ROM dans mes archives.

Ce qui me fait penser qu’il y a un de mes courts-métrages dont je n’ai retrouvé aucune trace, car c’était il faut dire un cas particulier. Ce scénario écrit à trois en deuxième année avait été sélectionné pour être tourné en Super 16 mais, bien que le résultat soit amusant, je n’assume pas entièrement ce faux reportage TV – drôle d’idée de sujet à tourner en pellicule ! – qui se voulait caustique mais qui n’était pas très subtil, voire pas de très bon goût. Je m’étais surtout amusé à parodier les reportages à la Julien Courbet, avec visages floutés et voix de Snorky, mais le film a un peu souffert d’un problème technique difficilement prévisible. Il se trouve qu’un autre film avait été sélectionné pour être tourné en même temps, et le magasin n’a rien trouvé de mieux que de nous répartir les objectifs Super 16, faute de les avoir en double. Notre équipe s’est donc retrouvée avec les courtes focales, absolument pas adaptées pour imiter un reportage télé, et l’autre a eu les longues, qui donnaient du coup un côté un peu sérieux/intimiste à ce qui, dans mon souvenir, se voulait plus une comédie façon frères Coen, qui filment presque tout au grand angle. Et je voulais au moins vous donner cet exemple de contrainte foireuse avant de passer à mon film de fin de première année la prochaine fois.

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