[case], J-Horror et système D

[case] (2008)

Comme je l’indiquais dans mon dernier article, il me restait encore deux courts-métrages à « débriefer » sur mon blog après Le Marchand de sable (2006), même s’ils ont été réalisés hors de l’EICAR puisque ce dernier était mon film de fin de troisième (et dernière) année. Cela dit, [case] (2008) a été créé avec la complicité de deux de mes camarades d’école ; comme l’un d’eux nous avait invités à passer des vacances dans la maison de son père près de Tours, il m’avait demandé d’apporter ma caméra pour qu’on en profite pour bricoler des trucs… Donc il s’agit de la même Panasonic semi-pro employée pour deux de mes films précédemment abordés mais, outre le fait qu’il serait peut-être bon de rappeler qu’il s’agit d’une caméra DV en définition standard (non HD, quoi), c’est bien la seule chose que j’avais à disposition. En particulier, je n’avais ni éclairage, ni matériel de prise de son, et pas vraiment d’acteur même si Anthony était déjà apparu dans mes courts (et dans pas mal de ceux de mon école, pour être honnête). Tout ça pour dire qu’en dépit de cela, j’ai quand même essayé de faire un petit film d’horreur à la Kiyoshi Kurosawa, puisque ses films jouent souvent sur des effets subtils, de petits décalages avec la réalité qui ne demandent pas forcément de moyens (même s’il aime aussi parfois utiliser des effets spéciaux très élaborés de manière inattendue).

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Y a-t-il un antidote contre Remedy ?

Max Payne et sa tronche de cake

Cela fait trois mois que je n’ai pas publié d’article ici et, même s’il me reste encore deux courts-métrages à exhumer, je voulais reparler de jeu vidéo pour changer puisque mon dernier (court) texte sur le sujet remonte à plus de deux ans. Hélas, je vais en partie retomber dans mon travers habituel de me répéter, car je me suis rendu compte qu’un des tout premiers articles mis en ligne sur ce blog était consacré à Alan Wake’s American Nightmare (2012), ce qui m’évitera au moins de revenir dessus et même de passer plus vite sur Alan Wake (2010)… En effet, j’ai récemment fini l’édition « Ultimate » de Control (2019) et, même si j’estime que c’est le meilleur jeu à ce jour de Remedy Entertainment, cela ne m’a pas vraiment réconcilié avec le studio finlandais. Au moins, on ne peut pas nier qu’il ait une patte d’auteur, à laquelle on adhère ou pas. Néanmoins, il me semble que certaines faiblesses sont plus objectives (et d’ailleurs largement relevées), et de la part d’une société qui comptait 260 employés en 2020 et qui a au moins cinq titres en développement, je pense qu’il y a urgence à y remédier. Je reste très attaché à une phrase du cinéaste Nicolas Saada, du temps où il était critique : « L’art ne réside pas dans l’intention mais dans l’exécution ». Si l’on jugeait uniquement les créations sur leurs concepts d’origine, il y aurait quand même énormément de chefs d’œuvre – je vous garantis que le pire des tâcherons essaie presque toujours de faire de son mieux, même pour une commande. Or pour moi, Remedy est l’archétype du studio surcoté, précisément parce qu’il ne semble jugé que sur ses idées de départ, souvent fortes et originales, mais qui seraient (à mon avis) bien mieux exploitées entre de meilleures mains…

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Samedi 14

Silent Madness (1984)

Silent Madness (1984)Après A*P*E (1976) qui appartenait à la vaguelette Space-Vision, on arrive enfin à la deuxième « grosse » vague de la 3D, celle du début des années 1980. Mais elle n’a finalement pas été beaucoup plus longue que la première des années 1950, puisqu’elle a été lancée par Comin’ At Ya! (1981) et que le Silent Madness (1984) qui nous intéresse ici est l’un de ses derniers représentants… Mais elle a surtout compté, à ma connaissance, autrement moins de titres. Il faut dire qu’il s’est presque toujours agi de films d’horreur ou du moins de films de genre à petit budget, et avec une certaine appétence pour les effets de jaillissement très prononcés. Néanmoins, je trouve que certains valent vraiment le coup d’yeux comme Amityville 3D (1983). Silent Madness me semble lui bien plus dispensable, mais reste une sympathique curiosité, réalisée par le non moins obscur Simon Nuchtern. Comme souvent, le début du film est d’emblée inquiétant, déjà parce que les deux mots du titre apparaissent très près de nos yeux mais l’un tout en haut de l’écran, et l’autre tout en bas, mais aussi parce que le reste du générique est une nouvelle fois mal fichu ; il aura vraiment fallu attendre la troisième vague (et surtout le numérique) pour voir des textes correctement intégrés en 3D. Mais l’action commence toutefois de manière plus inattendue…

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Le Marchand de sable, quand le rêve tourne au cauchemar

Le Marchand de sable (2006)

Si Le Marchand de sable ne constitue pas un souvenir aussi douloureux qu’Et la vie continue… presque partout, il m’a tout de même suscité pas mal de frustrations… Il faut dire qu’en tant que film de fin d’études, j’espérais que ce soit l’aboutissement de mes précédentes recherches et, si je ne l’ai d’emblée pas pensé comme aussi formaliste qu’Invasion, il était tout de même ambitieux car je voulais enfin concrétiser mon « gimmick » : créer au moins une scène onirique en plan-séquence et en vue subjective dans chacun de mes films. Or, là où c’est vraiment rageant c’est que, comme bien souvent hélas, les difficultés ne sont pas tant venues de mes velléités ou d’un manque de préparation, que de problèmes techniques totalement indépendants de ma volonté… Déjà, je ne bénéficiais pas du même matériel que pour Et la vie continue… et plutôt que de reprendre un travelling étroit comme pour Invasion (qui m’avait du reste posé des problèmes), j’avais cette fois décidé de louer un steadicam, qui me semblait plus adapté pour l’aspect onirique en particulier, et qui me permettait enfin de faire des mouvements verticaux sans dolly ou grue. Là où je suis fautif (mais je pouvais difficilement faire autrement avec mes moyens), c’est qu’un steadicam ne remplacera jamais un travelling rectiligne ; ses mouvements sont plus « invisibles » et ont donc moins d’impact. Bien entendu, les équipes de tournage professionnelles disposent en général des deux… 

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King Kong contre Moolah

A*P*E (1976)

A*P*E (1976)Entre les deux premières vagues (à défaut de raz-de-marée) des années 1950 et 1980, il y a eu, après les exceptions September Storm (1960) et The Mask (1961), une vaguelette basée sur la technologie Space-Vision. Initiée par le film d’horreur The Bubble (1966), elle permettait enfin d’enregistrer les deux images l’une au-dessus de l’autre sur une même pellicule, la rendant très économique… C’est ainsi qu’elle a servi à une poignée de films bien bis, comme le fameux Andy Warhol’s Frankenstein (1973) et ce A*P*E (1976) encore plus nanardesque. Surfant sur le succès des Dents de la mer (1975) mais devant surtout sortir face au remake de King Kong (1933) produit par Dino de Laurentiis, le film a dû changer de titre dans certains pays mais en a profité pour exploiter aussi la popularité de M*A*S*H (1970), aussi basé en Corée. Avec $23,000 de budget, il n’y avait en effet pas de quoi monter une coproduction avec le pays des kaijūs ; le réalisateur Paul Leder, père de Mimi ayant aussi œuvré dans le film catastroph(iqu)e, a dû se contenter du pays voisin qui lui a toutefois bien rendu avec participation de l’armée, des pompiers et de nombreux figurants – le final n’est pas loin du défilé du quatorze juillet…

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Et la vie continue… malgré les compromis

Et la vie continue... presque partout (2006)

Si Invasion reste mon expérience préférée, Et la vie continue… presque partout constitue assez nettement la plus douloureuse. Et pourtant, c’est le seul court-métrage que j’ai pu tourner seul en pellicule (de mémoire avec une caméra russe Kinor-35H, la classe), mais c’est précisément lorsque l’on bénéficie de moyens plus importants qu’on est contraints de faire des compromis… Il faut dire aussi que ce projet avait bien mal débuté, en partenariat avec l’ENSAD dont les étudiants avaient créé deux décors dans lesquels on devait tourner nos films. On avait eu ainsi peu de temps pour écrire des scénarios pouvant se dérouler dedans et, au final, très peu d’élèves avaient relevé le défi. Et comme les candidats s’étaient répartis naturellement entre les deux décors, il était statistiquement facile d’être sélectionné. Du reste, si mon prof avait aimé plusieurs blagues de mon scénario, il était à la base plutôt mélancolique car il évoquait l’incompréhension des esprits scientifiques, et d’ailleurs le titre fait référence à un concept mathématique que j’ai étudié en école d’ingénieur. J’ai donc dû totalement le réécrire pour le transformer en pure comédie, en combinant toutes les scènes en une seule.

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Le son qui venait des chiottes

Concert de New Order au Ukrainian National Home de New York, le 18 November 1981

Ceux qui me connaissent savent que, musicalement, je ne jure (quasiment) que par New Order, et ceux qui me lisent régulièrement doivent également l’avoir remarqué même si je n’ai jusqu’ici publié qu’un seul article véritablement consacré au groupe, à l’occasion de la sortie de leur nouvel album en 2015 – toujours le dernier en date. Et comme je suis encore convaincu qu’il n’y a rien de plus subjectif que la musique et que tout ce que je peux raconter ne vous fera pas changer d’avis sur eux, cela faisait longtemps que j’hésitais à publier ce texte sur les particularités du son de New Order. Car même s’il y en a probablement beaucoup d’autres dans l’Histoire de la musique, ne connaissant hélas pas grand-chose à part cela, c’est pour moi le seul exemple de groupe dont le style suit un concept simple à expliquer et dont la genèse est connue. Cela dit, toutes leurs chansons ne le suivent pas, et on peut même dire qu’ils s’en sont pas mal éloignés depuis leurs débuts, bien que ce soit également parce que le genre s’est démocratisé au point de devenir assez anodin. Et puis ce ne sont pas vraiment des théoriciens et, comme bien souvent, beaucoup de leurs inventions ou particularités sont plus ou moins accidentelles ou bien nées de contraintes bassement techniques.

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Canadian Psycho

The Mask (1961)

The Mask (1961)J’expliquais la dernière fois que September Storm (1960) était le seul film américain en 3D sorti entre la première vague du début des années 1950 et la vaguelette Space-Vision du milieu des années 1960 (qui préfigure la deuxième vague des années 1980), mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en ait pas eu dans d’autres pays – comme vous êtes naïfs ! The Mask (1961) est d’ailleurs carrément le tout premier long-métrage d’horreur canadien et, s’il n’entretient aucun rapport direct avec le film qui a révélé Jim Carrey (qui est canadien cela dit), il y a tout de même quelques similarités troublantes… Ayant débuté sa carrière dans la publicité, le documentaire et même le film de propagande pour l’effort de guerre (y compris sous la forme d’une comédie musicale !), Julian Roffman a toutefois été blacklisté aux États-Unis dans les années 1950 pour avoir écrit des critiques dans un magazine communiste durant sa jeunesse. De retour au Canada, il a quasiment recréé à lui seule l’industrie cinématographique locale, alors assez inexistante depuis l’époque du muet. Sa première tentative au titre là aussi étrangement prémonitoire, The Bloody Brood (1959), sera toutefois un échec mais pas la seconde. Roffman était fier de The Mask et en particulier de la 3D, mais il aurait aimé rester dans les mémoires pour d’autres films. Il a hélas refusé par la suite des propositions de films d’horreur, et n’a pas tellement réussi à monter de projets plus personnels…

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Invasion, ivre de films de série B

Invasion (2005)

Mon deuxième film de fin d’année demeure assez clairement mon préféré. Si son tournage n’a pas été sans heurt – quel tournage l’est ? – mais j’y reviendrai, Invasion est celui dont le résultat colle le plus à mon intention, et peut-être celui qui a le mieux vieilli. Il faut dire qu’il a été en général bien accueilli alors que, de mon point de vue, ça semble un peu paradoxal parce qu’il aborde un sujet très personnel… Disons que, ce que moi et quelques autres prendront pour une dénonciation déguisée, la plupart des gens y verront un concept grotesque mais qui rend le film d’autant plus amusant, j’imagine. Car aussi fantastique et parodique soit le résultat, il est en réalité inspiré par des expériences vécues ! Mais si Invasion m’est si personnel, c’est aussi que, davantage encore que dans Théo 7, j’en ai profité pour mettre un peu tout ce que j’aime, en suivant avant tout le canevas d’un des films qui ont eu le plus gros impact sur moi, Invasion of the Body Snatchers (1978), le deuxième du nom.

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Le Petit Bleu

September Storm (1960)

September Storm (1960)La plupart des films en 3D que j’ai abordés ici depuis le printemps ont bien souvent été projetés en 2D du fait de leur sortie tardive… Mais on franchit un cap supplémentaire avec September Storm (1960) qui a la particularité d’avoir été le seul film américain en 3D entre la première vague, qui s’est achevée avec La Revanche de la créature (1955), et la vaguelette qui débute en 1966 avec The Bubble, premier film exploitant la technologie Space-Vision. Plus économique, elle permet désormais d’enregistrer les deux yeux sur la même pellicule, l’un au-dessus de l’autre. Mais ce n’est pas le cas ici, et on retrouve d’ailleurs l’entracte permettant de synchroniser les deux projecteurs… Il s’agit donc d’une petite curiosité, mais rien de plus d’autant que le film tente de cumuler la 3D avec le format Cinemascope qui l’a tuée, or le recadrage n’est pas toujours très heureux… Peut-être que le réalisateur Byron Haskin avait des regrets de ne pas avoir participé à la première vague avec La Guerre des mondes (1953), son film le plus connu. Il y avait en plus un vrai potentiel avec W.R. Burnett (Quand la ville dort) au scénario, et les fonds marins sont parfaits pour la 3D – et puis cette fois c’est en couleurs, pas comme L’Étrange créature du lac noir (1954). Hélas, ce film d’aventure préfigurant James Bond n’est pas palpitant, sans doute par manque de budget.

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