Cinéma

Je n’ai pas détesté The Monster

The MonsterMalgré un regain de forme du cinéma d’horreur, sur le plan commercial du moins et en grande partie via la société Blumhouse (Halloween), le genre ne semble plus capable de nous offrir des chefs d’œuvre et surtout de nouveaux auteurs… Les amateurs connaissent sans doute fort bien ce cycle à la Sonic où la rumeur nous annonce une nouvelle pépite, qui s’avère le plus souvent surfaite au final, quand ce n’est pas son auteur qui déçoit dès son film suivant. Parmi ces quelques films qui émergent de temps à autre de la masse de ratages, The Strangers (2008) avait pas mal fait parler de lui avant que « l’invasion domestique » ne devienne le nouveau cliché du genre. Et à l’occasion de la sortie d’une suite (par un autre réalisateur) au printemps, le film a fait son arrivée sur Netflix. Indéniablement efficace, il marque surtout par sa fin audacieuse mais force est de constater que ça n’a pas suffi à installer son auteur Bryan Bertino dans le paysage… Il a toutefois réalisé trois autres films depuis dont le dernier en date, The Monster (2016), vient justement de tomber sur OCS. Or c’est sur ce même service que j’ai pu voir sur le tard, il y a quelque temps, Cujo (1983) auquel il est du coup difficile de ne pas penser devant The Monster, puisqu’il s’agit également d’une femme et de son enfant traqués par une bête et se réfugiant pendant une bonne partie du film dans une voiture. Mais le reste est évidemment très différent, et The Monster est à mon avis autrement plus réussi.

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Trois chocs cinématographiques

Le Coureur

L’un des grands drames de la vie d’un cinéphile, c’est que même s’il lui reste toujours un nombre incroyable de films à découvrir (dont il n’aura sans doute le temps de voir qu’une fraction), il devient de plus en plus rare d’être vraiment transporté. Plus on en voit, plus on devient exigeant, et surtout les films deviennent de plus en plus prévisibles, même dans leur virtuosité. On se surprend du coup à rechercher des choses plus originales, audacieuses voire même bancales, pour y trouver le début d’un vertige. Mais c’est aussi un problème de curiosité. Certes, je ne suis pas du genre à voir et revoir mes films préférés – il y en a peu, même parmi mes favoris, que j’ai visionné plus de trois, quatre fois – mais j’ai tendance à regarder les œuvres de cinéastes réputés et que je connais souvent déjà, influencé comme tout le monde par la critique et les historiens qui tendent à identifier des auteurs. Alors bien entendu, cela permet aussi d’en découvrir, comme Paul Vecchiali ou Jean Grémillon en ce qui me concerne, ou de voir les chefs d’œuvre de réalisateurs que l’on connaissait mal jusque-là – Skolimowski et Fassbinder, par exemple. Or certains films sont injustement méconnus parce que leur auteur n’a pas fait grand-chose d’autre ou, plus simplement, parce qu’ils n’ont pas été édités en vidéo jusqu’à récemment. C’est le cas des trois que je vais vous présenter.

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Apologie du remake

Suspiria

On lit et on entend souvent, de la part d’amateurs de cinéma mais pas forcément les plus éclairés, que Hollywood n’a plus d’imagination, qu’il n’y a plus que des suites et des remakes, que c’était mieux avant, etc. Or, s’il est vrai que les grandes majors osent moins pour des raisons économiques évidentes, puisque le coût d’un film ne cesse d’augmenter avec le temps, il ne faut pas oublier que Hollywood a connu d’autres périodes très conservatrices, dont une est même baptisée « âge d’or ». Mais on me rétorquera sans doute que Douglas Sirk et Howard Hawks faisaient preuve de beaucoup de subtilité et d’élégance pour glisser des sous-entendus plus subversifs durant cette période très policée… En tout cas, au-delà du côté réactionnaire, prétendre qu’il y a trop de suites et de remakes aujourd’hui témoigne d’une certaine ignorance de l’Histoire du cinéma (et de l’art en général). En effet, si le concept de franchise s’est surtout généralisé dans la seconde moitié des années 1970 avec Jaws, Star Wars, Rocky et Cie, les remakes sont eux presque aussi vieux que le cinéma lui-même, aussi vieux que le gag de l’arroseur arrosé. Et l’arrivée du parlant a suscité pas mal de remakes de films muets, parfois pas leurs propres auteurs, comme Abel Gance avec J’Accuse en 1919 et 1938. Dans le même esprit, Hitchock a refait en 1956 un remake américain de son film britannique L’Homme qui en savait trop (1934). Mais forcément, ça ne choque personne dans ce cas.

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Souvenirs : Fauteuils à retour de force (1989)

Souvenir précédent

Abyss (1989)Avec un tel titre, on penserait de prime abord que je vais évoquer un souvenir de jeu vidéo mais non, je reviens au cinéma – j’essaie d’alterner un minimum – avec une autre séance qui m’a profondément marqué. Ce faisant, je viens à l’instant de réaliser que plusieurs des films qui m’ont traumatisé entretiennent un rapport étroit avec l’eau : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986, la séquence de l’ascenseur), Le Grand Bleu (1988) et donc Abyss (1989). D’ailleurs, j’aurais sans doute adoré le dernier Guillermo Del Toro si j’avais encore huit ans… Mais au risque de passer pour le vieux con que je suis réellement de toute façon, il me semble qu’on ne fait plus beaucoup de films comme celui de James Cameron. Outre son rythme implacable, mais que l’on trouvait déjà dans Terminator (1984) et que l’on reverra dans Titanic (1997) notamment, peu de films parviennent à maintenir le mystère à ce point. Il faut dire qu’il n’y avait pas Internet à l’époque et que, à vrai dire, je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais voir d’autant que c’était ma sœur, pour la première et sans doute la dernière fois, qui m’avait emmené au cinéma.

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Une paille dans l’œil

Comin' At Ya!Comin’ At Ya!
réalisé par Ferdinando Baldi
1981

On découvre des films d’une manière bien étrange parfois. Je venais de regarder Une drôle de fin sur Netflix, un biopic sur le créateur du magazine National Lampoon, qui a également produit quelques films. Or je voulais vérifier que l’un d’eux était bien la comédie la plus importante de l’Histoire du cinéma, à savoir Loaded Weapon 1 (1993) alias Alarme fatale. Et en allant sur la page Wikipédia de son réalisateur, Gene Quintano, j’ai découvert que celle-ci mettait très en avant le fait que Quintano ait également joué dans deux films en 3D réalisés par Ferdinando Baldi, surtout connu pour Django (l’original s’entend). Or il est vrai que ce n’est pas si anodin dans sa carrière d’autant qu’il en est aussi le producteur. J’ai ainsi constaté que le premier des deux, Comin’ At Ya!, était sorti en Blu-ray il y a peu et ne coûtait pas très cher, même en import. Il est certes en anglais sans sous-titres, mais ce western n’est pas vraiment riche en dialogues de toute façon… En fait, il est surtout considéré comme le film qui a démarré la deuxième vague de la 3D dans la première moitié des années 1980 ! Je tiens toutefois à préciser d’emblée que si on a coutume de diviser l’Histoire de la 3D au cinéma en trois vagues distinctes espacées de 3D-cénies, c’est plus complexe dans la pratique avec quelques films sortis entretemps.

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Souvenirs : Erreur de salle (1988)

Souvenir précédent

Le Grand Bleu (1988)Même si certains se sont peut-être déjà retrouvés dans les deux précédents, ce souvenir est sans doute encore plus universel. À vrai dire, mon frère a exactement le même, mais avec un autre film et pas n’importe lequel : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986), celui de mon premier souvenir (sur ce blog s’entend, hein ?). En même temps, c’est assez logique puisque c’était le premier film que nous allions voir sans ma mère. Or Le Grand Bleu (1988) est le premier que je sois allé voir seul et, pour l’anecdote, le premier que je sois allé voir deux fois puisque j’y suis retourné accompagné par la suite. Et aller voir un film tout seul, quand on n’a pas encore huit ans, c’est assez impressionnant, même quand la salle n’est pas très loin de chez soi. Je ne me souviens plus si j’avais l’habitude d’arriver en avance à cette époque mais, même si le cinéma ne comptait (et ne compte toujours) que deux salles, il était difficile de ne pas échapper à l’angoisse de s’être trompé… Car une fois assis, rien ne nous confirme qu’il s’agit de la bonne. Mais le pire, c’est quand la séance est commencée, et pas seulement pour trouver son chemin dans le noir. Ce cinéma ne passait alors pas encore de publicités et, comme on arrivait donc forcément pendant une bande-annonce, ou pouvait avoir l’impression que le film était commencé. Je me souviens très bien avoir eu ce doute devant celle du Nom de la Rose, mais ce devait justement être avant Jack Burton, vu les dates.

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Souvenirs : La Main protectrice (1986)

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986)Ce texte est le premier d’une série (que j’espère assez longue) d’articles qui devraient toutefois beaucoup varier en matière de longueur. J’ai ressenti le besoin de raconter certains souvenirs marquants de ma jeunesse, mais trop personnels pour être publiés sur le site dont je m’occupe, et pas forcément liés aux jeux vidéo puisque le premier a trait au cinéma, et qu’il y en aura peut-être sur le catch. J’ai déjà établi une liste de treize anecdotes que je pense avoir classées par ordre à peu près chronologique, mais je ne préfère pas la diffuser pour l’instant d’autant qu’à tous les coups, d’autres vont me revenir et sans doute bouleverser cet ordre… Je commence donc avec l’un de mes premiers chocs cinématographiques, même si Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986) n’est pas le premier film que j’ai vu en salle. J’avais déjà été traumatisé bien avant ça, à l’âge de trois ans, par les projections d’E.T. (1982) et surtout de L’Espion qui m’aimait (1977) dans un village de vacances. Bizarrement, la séquence assez kitsch de ce dernier où Requin (le méchant) traque un malheureux, en brisant avec ses dents le cadenas de la cellule dans laquelle il s’est caché, a eu un impact bien plus profond sur moi que la scène (assez sublime pour l’avoir revue) où une jeune femme est jetée dans le bassin d’un requin (le poisson). Quoi qu’il en soit, ma fascination pour le cinéma a commencé comme cela, par la peur, d’où mon goût pour les films fantastiques et d’horreur.

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Le vertige métaphysique du zoom

Vertigo (1958)

Le vertige (physique) exprimé grâce au zoom

Si la demi-dioptrie est ma technique cinématographique fétiche (d’où le nom de ce blog), le zoom est un procédé encore plus fondamental pour moi, ne serait-ce que parce qu’il est plus fréquent. Hélas, il a acquis une mauvaise réputation dans les années 1970 à cause de sa surutilisation par les Italiens et les Hongkongais en particulier, puis par les vidéastes amateurs dans les décennies suivantes. Cela a conduit à l’idée reçue qu’il est banni chez les professionnels ; or c’est totalement faux. Avant d’être une technique narrative, le zoom est un dispositif optique, plus précisément un objectif dont la focale est réglable durant la prise de vue. Jusque-là, tous les objectifs avaient une focale fixe, c’est-à-dire un champ de vision donné. Pour faire simple, une courte focale correspond à un « grand angle » de vision, parfois jusqu’à la déformation comme à travers le judas d’une porte (on parle d’objectif fisheye). À l’opposé, la longue focale, appelée téléobjectif quand elle est très longue, permet de montrer des détails très éloignés à la manière d’une longue vue. Il est important de noter que le zoom n’a pas fait disparaître les focales fixes pour autant, qui sont techniquement de meilleure qualité. De plus, travailler avec des objectifs à focale fixe est une bonne discipline pour les débutants.

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Pour en finir avec les crossovers de super-héros

Justice League

Après mon délire personnel sur les films en cartouches, je vous propose en ce lendemain de second tour un débat sans doute aussi segmentant dans les cours de récré que celui de l’abstention. Il faut dire que le phénomène de multiverse commence à contaminer l’ensemble de Hollywood, alors que le récent King Kong se déroule dans le même univers que Godzilla et prépare une (nouvelle) rencontre entre les deux bébêtes, et tandis que La Momie devrait donner le point de départ d’une série de reboots de films de monstres Universal – mais cette fois connectés puisque le Dr. Jekyll (Russel Crowe) est déjà là pour jouer le rôle du Samuel L. Jackson de service. C’est donc indéniablement une tendance lourde (et vraiment lourde) qui a sans doute ses avantages économiques, comme inciter les spectateurs à voir tous les films de l’ensemble pour comprendre quelque chose. Et si l’idée est bien accueillie, c’est aussi qu’elle réalise un fantasme puéril de geek. Mais comme chaque parent le sait bien, un enfant réclame souvent à cor et à cri quelque chose avant de réaliser, une fois qu’il l’a reçu, que ce n’est pas vraiment ce à quoi il s’attendait. Et pas forcément parce que la promesse a été mal tenue, mais tout simplement parce que ce n’était pas une si bonne idée depuis le début !

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Pour un nouveau support pour les films

Suggestion de présentation

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas un fervent défenseur du CD. Je le trouve tout d’abord fragile et délicat à manipuler, ce qui est d’ailleurs la raison pour laquelle Philips avait tenté de remplacer sa propre invention par la cassette digitale. Et s’il offrait à l’origine un temps d’accès bien plus rapide que la cassette, c’est aujourd’hui l’un des supports les plus lents, et il est en outre bien plus dégradable que ne le pensent la plupart des gens. Il est aussi intéressant de noter que ce qui ont été ses principales qualités à l’époque de sa conception sont devenus des handicaps. Son espace de stockage est désormais largement supplanté par la moindre carte SD et sa facilité de fabrication l’a rendu extrêmement simple à pirater. D’où le recours, quel que soit le domaine, aux éditions collector contenant plein d’éléments physiques non reproductibles, ce qui permet aussi de lutter contre l’essor irrémédiable du dématérialisé. En bref, je pense que le support optique est en bout de course, et la seule raison qui pousse à continuer de l’utiliser, c’est cette « habitude » contre laquelle je m’efforce de lutter – la même qui incite les gens à considérer la stéréoscopie comme quelque chose d’artificiel parce qu’ils ont pris l’habitude de regarder des images ne reproduisant la réalité que de manière incomplète, comme je le rappelais pour la énième fois dans mon précédent billet.

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