A (Brand-)New Order

New Order et Daniel Miller de Mute Records

Le (pas si) nouveau guitariste Phil Cunningham, le batteur Stephen Morris, Daniel Miller, le chanteur Bernard Sumner, la claviériste Gillian Gilbert et Peter Hook le nouveau bassiste Tom Chapman

Même si j’avais naturellement mentionné New Order dans mon premier article sur la musique, j’étais tout de même parvenu à évoquer pas moins de vingt artistes sans qu’aucun d’eux – ou presque pour la collaboration avec Hot Chip – ne soit réellement mon groupe préféré. Et à vrai dire, je n’avais pas spécialement l’intention de parler d’eux ici mais je ne m’attendais pas à ce qu’ils aient une actualité aussi chargée, et surtout susceptible d’intéresser d’autres personnes que leurs fans hardcore. Je me fourvoie peut-être totalement, mais j’ai l’impression que ce dixième album (douzième avec Joy Division) a un potentiel médiatique bien plus fort que les deux derniers pour diverses raisons que je vais expliquer ci-dessous ; le simple fait que la signature avec le label Mute ait été pas mal relayée est quand même un signe encourageant. Et puis mince ! C’est mon blog, je fais qu’est-ce que je veux !

Gros rappel des faits pour ceux qui n’ont pas suivi la carrière tumultueuse du groupe : celui-ci avait splitté une première fois après l’album Technique (1989), mais s’était reformé en 1993 pour sauver leur label mythique Factory Records en enregistrant le mésestimé Republic. Les membres sont ensuite retournés à leurs projets solo avant de se retrouver pour une série de concerts en 1998, menant à une nouvelle chanson, Brutal, pour la bande originale du film The Beach – le fait que Danny Boyle soit un fan du groupe doit être la seule chose que j’apprécie chez lui – et plus tard à un album, Get Ready (2001). Celui-ci marquait un virage prononcé vers le rock même si New Order a finalement sorti peu de morceaux purement électroniques durant sa carrière ; l’image qu’en ont le public et les médias me semble biaisée par le fait que ce sont souvent les morceaux les plus « club » qui ont fait l’objet de singles (Blue Monday, The Perfect Kiss, Confusion, Bizarre Love Triangle, etc.). Quoi qu’il en soit, si l’immense single Crystal a plutôt fait l’unanimité, ce septième album a davantage divisé les fans de la première heure, déboussolés par ces arrangements trop rock ou pas assez pour les fans de Joy Division, et il est surtout passé inaperçu auprès des non initiés.

Lent, le groupe a attendu quatre ans pour passer à Waiting For The Sirens’ Call (2005), un album plus électronique mais ignoré par le grand public. Peut-être était-ce un problème de marketing ou de timing, ou bien les fans n’ont pas aimé que Gillian Gilbert n’ait pas participé pour s’occuper de son enfant – qu’elle partage avec Stephen Morris cela dit. Et puis ça a été la débâcle, avec un split tantôt démenti tantôt confirmé ; le légendaire bassiste Peter Hook est parti en éreintant les autres tout en jouant la victime qui ne souhaitait pas la séparation… Il a monté son trio de bassistes Free Bass de son côté, alléchant sur le papier mais décevant au final, tandis que les autres ont fait Bad Lieutenant de leur côté. L’unique album de ce groupe comportait une poignée de très bonnes chansons mais cela restait quand même une version un peu fade de New Order. Et puis après une attente interminable pour qu’un arrangement soit trouvé, du moins pour que Hooky comprenne qu’il passait pour un connard auprès des fans, Lost Sirens est sorti en 2013. Il est constitué de morceaux mis de coté (et non rejetés !) durant la session d’enregistrement de Waiting For The Sirens’ Call, afin d’enchaîner rapidement avec un neuvième album. De ce point de vue, c’était loupé…

Pour patienter, on a eu droit à un bon live qui a sauvé mon Noël 2012, avec l’excellente nouvelle version du 5 8 6 des débuts (un pré-Blue Monday), mais aussi le single Hellbent ci-dessus. Il servait de motivation à acheter un énième best of mais redonnait un espoir quant à la sortie de Lost Sirens. Le début fait peur mais j’adore ce morceau, d’autant que je m’imagine que les paroles s’adressent à Hooky ! Mais j’ai bien conscience que les fans qui ont décroché dans les années 90 auront du mal… Leur style a certes évolué bien que, encore une fois, cela tient plus aux arrangements qu’aux compositions selon moi. D’ailleurs, les personnes qui ont entendu les versions démos des derniers albums parlaient chaque fois d’un retour aux sources. Et par exemple, même si ces deux chansons sont bien différentes, j’aime autant Hellbent que Mesh, l’une des deux faces B de l’immense Everything’s Gone Green (1981), et devenue une rareté parce que l’autre face B, Cries and Whispers, avait été appelée à tort Mesh sur la compilation Substance de 1987. Je l’ai finalement découverte très récemment, à peu près à la même période que Hellbent, ce qui explique que ces deux morceaux soient restés ces derniers mois mes deux chansons favorites du moment… jusque récemment.

En effet, c’est dans la matinale du Mouv’ que j’ai entendu parler de la signature du groupe sur le mythique label Mute Records, alors qu’il était chez Warner/London Records jusque-là. L’info était certes toute fraîche, mais j’ai été surpris de découvrir l’info par le biais d’un média grand public, d’autant qu’elle ne concernait qu’un accord pour le moment. Même si je ne vais plus sur NewOrderOnline depuis longtemps – surtout depuis que l’un des cofondateurs québécois a fondu un plomb au début des années 2000 en criant sur tous les forums que le groupe était mort et que l’avenir résidait dans Superbus (!) – je suis estomaqué que Magic RPM n’ait rien écrit dessus, sur leur site web en tout cas. Les médias se sont empressés de supposer que le prochain album serait fatalement plus électronique vu le passif du label connu pour Depeche Mode et Moby, ce qu’avait de toute façon déjà confirmé New Order précédemment. Bernard Sumner a quand même assuré qu’il conserverait sa marque de fabrique hybride, ce qui est quand même assez évident pour le groupe qui a inventé le « Disco Rock », l’ancêtre de l’électro-pop. Et pour le coup, le timing me semble plutôt bon.

New Order signe avec Mute Records

Les mêmes dans un autre ordre

Si le choix des guitares plus saturées qu’autrefois avait peut-être été audacieux pour leur premier comeback de 2001, c’était sans doute un peu nécessaire – et ça avait d’ailleurs été bien accueilli par la critique du moins – à une époque où « synthé » était devenu un gros mot. J’en avais déjà parlé dans mon précédent article à propos de Metric et Bloc Party ; la première moitié des années 2000 avait fui les mélodies, n’assumant pas encore le revival 80s. Même les Pet Shop Boys avaient sorti dans la foulée un album plus rock avec l’aide de Johnny Marr, avec lequel ils avaient déjà collaboré pour le premier album d’Electronic. Mais les choses ont changé depuis et on entend même des titres influencés par l’eurodance à la radio, et en plus, il y a eu un énorme revival Joy Division durant la seconde moitié des années 2000. En bref, New Order est plus hype qu’il y a dix ans, en dépit du fait que son leader aura soixante ans cette année ! Et il y a eu plusieurs rumeurs plus ou moins avérées de collaboration avec James Murphy de LCD Soundsystem, ce qui m’intéresse peu mais semble beaucoup exciter les médias. Je recommande dans tous les cas cette interview de Stephen Morris où il évoque plein d’autres trucs, notamment sur les goodies Joy Division !

Mais ce qui aurait pu faire retomber direct le soufflé, c’est que le groupe est plutôt lent et a toujours eu du mal à conjuguer écriture et concerts. Or là encore, surprise : ils ont déjà écrit ces dernières années huit morceaux, et ils n’en auraient donc besoin que de deux de plus pour un album complet. Néanmoins, il faudrait aussi enregistrer le tout, et c’est pourquoi ils ont insisté cette fois pour ne pas annoncer de date. Mais ce qui m’a le plus abasourdi dans l’affaire, c’est que je n’étais même pas au courant que deux des chansons avaient déjà été dévoilées au public en live, durant leur tournée américaine de 2014. Il y a eu tout d’abord Singularity, jouée pour la première fois en mars au Chili sous le nom Drop the Guitar. Et je dois dire qu’elle constitue à elle seule la motivation de cet article, tant ce morceau est absolument idéal pour un retour. C’est en effet la synthèse parfaite de quarante ans de carrière, avec son intro à la Transmission (1979), sa rythmique martiale qui nous ramène à l’album Movement (1980) suivie d’une ritournelle électro minimaliste à la Temptation (1982), mais un refrain qui renvoie plutôt à leurs derniers albums, suivi d’un break à la Chemical Brothers rappelant leurs collaborations Out of Control (1999) et Here to Stay (2002).

Et comme si ça ne suffisait pas, le groupe a également dévoilé Plastic devant le public de Chicago en juillet. Résolument plus dance sans en oublier les guitares pour autant, cette chanson se montre toutefois plus difficile à appréhender. En effet, même si la musique électronique peut très bien fonctionner en live, je préfère en général avoir déjà entendu la version « studio » de ce type de morceau pour mieux « boucher les trous » dans la mesure où le son d’un concert, surtout par le biais d’une captation amateur sur YouTube, laisse franchement à désirer ; on peut facilement manquer les subtilités des arrangements, dans les basses en particulier. En tout cas, même s’il est probable que le groupe a sans doute choisi ses deux meilleures cartouches pour teaser l’album, cela me rend sacrément optimiste. D’autant que New Order a toujours été réputé pour ses faces B par exemple, et je trouve notamment que les trois morceaux retirés de Get Ready pour servir de bonus aux singles (Behind Closed Doors, Sabotage et Player in the League) surpassent le reste de l’album en dehors de Crystal ! Au dernières nouvelles, le groupe est en studio et l’album devrait sortir en 2015…

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