Et la vie continue… malgré les compromis

Et la vie continue... presque partout (2006)

Si Invasion reste mon expérience préférée, Et la vie continue… presque partout constitue assez nettement la plus douloureuse. Et pourtant, c’est le seul court-métrage que j’ai pu tourner seul en pellicule (de mémoire avec une caméra russe Kinor-35H, la classe), mais c’est précisément lorsque l’on bénéficie de moyens plus importants qu’on est contraints de faire des compromis… Il faut dire aussi que ce projet avait bien mal débuté, en partenariat avec l’ENSAD dont les étudiants avaient créé deux décors dans lesquels on devait tourner nos films. On avait eu ainsi peu de temps pour écrire des scénarios pouvant se dérouler dedans et, au final, très peu d’élèves avaient relevé le défi. Et comme les candidats s’étaient répartis naturellement entre les deux décors, il était statistiquement facile d’être sélectionné. Du reste, si mon prof avait aimé plusieurs blagues de mon scénario, il était à la base plutôt mélancolique car il évoquait l’incompréhension des esprits scientifiques, et d’ailleurs le titre fait référence à un concept mathématique que j’ai étudié en école d’ingénieur. J’ai donc dû totalement le réécrire pour le transformer en pure comédie, en combinant toutes les scènes en une seule.

Mais ce qui a surtout créé des problèmes par la suite, c’est que mon prof a cherché à m’imposer un comédien pour jouer le scientifique. Ce dernier avait participé au début des années 1980 au court-métrage d’un autre prof de réalisation (ami et assistant du mien), et je soupçonne qu’on lui ait fait miroiter des rôles vu qu’à l’époque, il ne tournait plus… Or le Monsieur était un sacré personnage, refusant au départ de lire mon scénario, faisant valoir (en le répétant un nombre incalculable de fois) qu’il avait donné la réplique à Orson Welles, puis paniquant lorsqu’on a été coupé vu qu’après des heures à me tenir la jambe, je n’avais plus de batterie ! Par la suite, je suis parti le rencontrer chez lui mais il a annulé alors que j’étais en chemin, et je n’ai jamais bien compris pourquoi. On a finalement eu une dernière longue conversation téléphonique où il était bien plus aimable – il voulait même prendre un pot « entre amis » – et m’a donné un excellent conseil : ne jamais rencontrer un comédien avant d’être certain de le choisir, car il devient sinon difficile de faire marche arrière. En tout cas, mon plus grand regret dans cette histoire est de ne pas avoir pu enregistrer nos échanges et surtout le message interminable et délirant qu’il m’avait laissé sur mon répondeur…

Mais mon prof ne m’a sans doute jamais pardonné de ne pas avoir insister davantage, faisant valoir les efforts qu’il avait fournis dans sa jeunesse pour avoir certains comédiens – enfin ceux que lui voulait, et il avait bien du mal à ne pas faire de projection. J’ai donc opté pour un comédien repéré dans le court d’un de mes camarades, mais le courant est mal passé… J’avais filmé une répétition (que je ne suis pas certain d’avoir conservée, hélas) qui allait à fond dans le loufoque mais que je trouvais jubilatoire. Sauf que mon prof, qui n’avait toujours pas digéré le casting, a détesté et m’a demandé une approche plus « naturaliste » bien que le sujet ne s’y prête guère à mon avis. Et il était trop tard pour imposer ma vision car l’acteur s’est lui-même remis en question et je n’avais pas l’expérience pour le rassurer… Or cela a eu un impact non négligeable sur le tournage, car il butait sur le texte et agaçait ainsi le chef opérateur qui demandait parfois beaucoup de prises pour réaliser certains mouvements compliqués – vu que je m’étais un peu lâché sur le découpage, avec top shot, plans débullés et bien entendu une demi-dioptrie. Et c’était d’autant plus frustrant que, pour une fois, j’avais l’un de nos professeurs (du moins un ancien étudiant passé assistant puis enseignant) pour faire la lumière.

J’avais sans doute été biaisé par son nom de légende de Cinecittà, mais il était tout à fait compétent bien que soupe au lait. Le problème venait plutôt des techniciens totalement irrespectueux qu’il avait choisis pour l’aider, et mon assistant réalisateur n’était hélas ni autoritaire, ni protecteur. Comme je l’expliquais dans mon article introductif, le fait que chacun puisse réaliser son film de fin d’année à l’EICAR n’a pas que des avantages, et comme on est censé constituer une équipe avec les autres étudiants qui pensent à leurs propres films, c’est très compliqué de bénéficier d’une vraie dynamique d’équipe. C’est d’ailleurs pour cela que, pour Invasion et pour mon film de fin d’étude (qui fera l’objet du prochain post mortem), j’ai contourné le règlement en choisissant mon frère comme assistant, mais c’était plus délicat pour ce tournage plus encadré. Au moins, je n’ai pas eu de problème avec le matériel, mais le télécinéma est raté (image tramée) et le chef opérateur a estimé que le laboratoire avait fait le boulot par-dessous la jambe… Et même si j’arrive à apprécier davantage le résultat avec le recul, ces souvenirs restent pénibles. Le cinéma étant un travail d’équipe, il y a forcément une part de compromis mais quand chacun en fait trop, personne n’est satisfait au final. Alors qu’au moins, quand on impose sa vision, si le résultat est raté, on sait qui est le responsable (le public !). Mais cela peut bien sûr s’avérer trop risqué quand il y a de l’argent en jeu…

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