Apologie du remake

Suspiria

On lit et on entend souvent, de la part d’amateurs de cinéma mais pas forcément les plus éclairés, que Hollywood n’a plus d’imagination, qu’il n’y a plus que des suites et des remakes, que c’était mieux avant, etc. Or, s’il est vrai que les grandes majors osent moins pour des raisons économiques évidentes, puisque le coût d’un film ne cesse d’augmenter avec le temps, il ne faut pas oublier que Hollywood a connu d’autres périodes très conservatrices, dont une est même baptisée « âge d’or ». Mais on me rétorquera sans doute que Douglas Sirk et Howard Hawks faisaient preuve de beaucoup de subtilité et d’élégance pour glisser des sous-entendus plus subversifs durant cette période très policée… En tout cas, au-delà du côté réactionnaire, prétendre qu’il y a trop de suites et de remakes aujourd’hui témoigne d’une certaine ignorance de l’Histoire du cinéma (et de l’art en général). En effet, si le concept de franchise s’est surtout généralisé dans la seconde moitié des années 1970 avec Jaws, Star Wars, Rocky et Cie, les remakes sont eux presque aussi vieux que le cinéma lui-même, aussi vieux que le gag de l’arroseur arrosé. Et l’arrivée du parlant a suscité pas mal de remakes de films muets, parfois par leurs propres auteurs, comme Abel Gance avec J’Accuse en 1919 et 1938. Dans le même esprit, Hitchock a refait en 1956 un remake américain de son film britannique L’Homme qui en savait trop (1934). Mais forcément, ça ne choque personne dans ce cas.

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Souvenirs : Péritel obligatoire (1990)

Sois sympa, branche moi sur une SEGA !

Sois sympa, branche moi sur une SEGA !

Souvenir précédent

Comme je le rappelais au début de mon article précédent, l’Atari ST de mon grand frère a été notre première machine de jeu familiale mais, après quelques années, j’ai éprouvé l’envie d’avoir la mienne. Je ne sais plus comment c’est arrivé précisément mais ça a dû être un mélange de plusieurs influences, comme le fait que la plupart des jeux que j’aimais sur micro étaient en fait des portages de jeux d’arcade japonais, le fait d’avoir vu ces jeux (auxquels je n’avais alors pas le droit de jouer) dans des cafés, en particulier Shinobi (1987), et bien entendu le matraquage publicitaire de l’époque – dont ce spot fameux dans lequel mon poste de télévision me suppliait de lui acheter une Master System… Il aurait pu au moins me prévenir qu’il fallait une prise Péritel ! À l’époque, en tout cas chez moi, acheter une console constituait un investissement dont il fallait étudier en détail les conséquences. Mes parents ont donc dû se documenter auprès de nombreuses enseignes, plus ou moins spécialisées, où certains vendeurs colportaient la légende selon laquelle les consoles abîmaient les écrans – ce qui n’est vrai que si l’on joue à un unique jeu en écran fixe (typiquement Pac-Man), tournant des heures sans s’arrêter comme sur une borne d’arcade, ce qui finit par imprimer l’écran.

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Souvenirs : Fichiers cachés (1989)

Souvenir précédent

Emmanuelle (1989, Atari ST)Hormis quelques jeux électroniques, la première machine de jeu que j’ai eue à la maison était donc l’Atari ST que mon grand frère avait reçu pour son anniversaire en 1987, avec le portage de Double Dragon. Or le fait qu’il s’agisse d’un micro-ordinateur et non d’une console impliquait pas mal de prudence, même si nous avons eu la chance de ne pas débuter avec une machine utilisant des cassettes et autres joyeusetés. Si je nous revoyais à l’époque, je serais sans doute très gêné par toutes les précautions et superstitions que l’on avait à l’époque, parce qu’il y avait des manipulations que l’on faisait sans vraiment les comprendre – à la manière des possesseurs d’Amstrad CPC qui tapaient « ùCPM » pour lancer certains jeux au lieu de « run″[nom du jeu] » sans trop savoir pourquoi… Et comme la majorité des jeux étaient des copies, nous n’avions pas de manuel et il fallait que l’ami qui nous les avait passés note parfois sur les étiquettes des disquettes la marche à suivre. Typiquement, si la plupart des jeux s’exécutaient automatiquement, certaines disquettes pirates compilaient plusieurs jeux. Or, alors qu’il aurait suffi de démarrer l’ordinateur sans disquette pour arriver sur le bureau et choisir le jeu à lancer, on s’entêtait à utiliser une disquette spécifique contenant un programme qui ne s’exécutait pas automatiquement…

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Souvenirs : Fauteuils à retour de force (1989)

Souvenir précédent

Abyss (1989)Avec un tel titre, on penserait de prime abord que je vais évoquer un souvenir de jeu vidéo mais non, je reviens au cinéma – j’essaie d’alterner un minimum – avec une autre séance qui m’a profondément marqué. Ce faisant, je viens à l’instant de réaliser que plusieurs des films qui m’ont traumatisé entretiennent un rapport étroit avec l’eau : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986, la séquence de l’ascenseur), Le Grand Bleu (1988) et donc Abyss (1989). D’ailleurs, j’aurais sans doute adoré le dernier Guillermo Del Toro si j’avais encore huit ans… Mais au risque de passer pour le vieux con que je suis réellement de toute façon, il me semble qu’on ne fait plus beaucoup de films comme celui de James Cameron. Outre son rythme implacable, mais que l’on trouvait déjà dans Terminator (1984) et que l’on reverra dans Titanic (1997) notamment, peu de films parviennent à maintenir le mystère à ce point. Il faut dire qu’il n’y avait pas Internet à l’époque et que, à vrai dire, je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais voir d’autant que c’était ma sœur, pour la première et sans doute la dernière fois, qui m’avait emmené au cinéma.

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Une paille dans l’œil

Comin' At Ya!Comin’ At Ya!
réalisé par Ferdinando Baldi
1981

On découvre des films d’une manière bien étrange parfois. Je venais de regarder Une drôle de fin sur Netflix, un biopic sur le créateur du magazine National Lampoon, qui a également produit quelques films. Or je voulais vérifier que l’un d’eux était bien la comédie la plus importante de l’Histoire du cinéma, à savoir Loaded Weapon 1 (1993) alias Alarme fatale. Et en allant sur la page Wikipédia de son réalisateur, Gene Quintano, j’ai découvert que celle-ci mettait très en avant le fait que Quintano ait également joué dans deux films en 3D réalisés par Ferdinando Baldi, surtout connu pour Django (l’original s’entend). Or il est vrai que ce n’est pas si anodin dans sa carrière d’autant qu’il en est aussi le producteur. J’ai ainsi constaté que le premier des deux, Comin’ At Ya!, était sorti en Blu-ray il y a peu et ne coûtait pas très cher, même en import. Il est certes en anglais sans sous-titres, mais ce western n’est pas vraiment riche en dialogues de toute façon… En fait, il est surtout considéré comme le film qui a démarré la deuxième vague de la 3D dans la première moitié des années 1980 ! Je tiens toutefois à préciser d’emblée que si on a coutume de diviser l’Histoire de la 3D au cinéma en trois vagues distinctes espacées de 3D-cénies, c’est plus complexe dans la pratique avec quelques films sortis entretemps.

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Souvenirs : Kakaaani ! (1987-1988)

Souvenir précédent

Pengy (1987, Atari ST)Initialement, j’avais prévu un article concernant le jeu Emmanuelle (1989), mais l’émission de Gamekult de ce matin, au programme inhabituel puisque les journalistes évoquent (entre autres) leurs souvenirs de jeux vidéo liés à la neige, a bouleversé mes plans. Je me permets donc de potentiellement remonter le temps, puisque je vais aborder ici Pengy (1987), sorti avant Le Grand Bleu (1988) et auquel j’ai donc (peut-être) pu jouer avant. À vrai dire, beaucoup de jeux de cette époque m’ont bien entendu marqué, et je pourrais tout à fait consacrer des articles à Dungeon Master (1987) ou North and South (1989), mais ce clone de Pengo (1982) sur Atari ST a sans doute eu une influence plus grande sur moi à long terme. En effet, comme je l’expliquais déjà il y a près de cinq ans dans un édito sur Le Mag MO5.COM, il s’agit de ma première expérience dans un genre dont Pac-Man (1980) est le représentant le plus connu, que je considère comme un proto-survival horror, et donc le précurseur de l’un de mes genres favoris. Comme je l’expliquais dans l’article, la peur dans les jeux vidéo ne provient en fait pas tant de l’ambiance visuelle ou sonore que de la simple peur du game over. C’est bien pour cela que les meilleurs survival horror créent la tension avec le manque de munitions, des angles de vue peu pratiques voire un gameplay carrément rigide, et l’absence de jauge de vie clairement lisible…

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Souvenirs : Erreur de salle (1988)

Souvenir précédent

Le Grand Bleu (1988)Même si certains se sont peut-être déjà retrouvés dans les deux précédents, ce souvenir est sans doute encore plus universel. À vrai dire, mon frère a exactement le même, mais avec un autre film et pas n’importe lequel : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986), celui de mon premier souvenir (sur ce blog s’entend, hein ?). En même temps, c’est assez logique puisque c’était le premier film que nous allions voir sans ma mère. Or Le Grand Bleu (1988) est le premier que je sois allé voir seul et, pour l’anecdote, le premier que je sois allé voir deux fois puisque j’y suis retourné accompagné par la suite. Et aller voir un film tout seul, quand on n’a pas encore huit ans, c’est assez impressionnant, même quand la salle n’est pas très loin de chez soi. Je ne me souviens plus si j’avais l’habitude d’arriver en avance à cette époque mais, même si le cinéma ne comptait (et ne compte toujours) que deux salles, il était difficile de ne pas échapper à l’angoisse de s’être trompé… Car une fois assis, rien ne nous confirme qu’il s’agit de la bonne. Mais le pire, c’est quand la séance est commencée, et pas seulement pour trouver son chemin dans le noir. Ce cinéma ne passait alors pas encore de publicités et, comme on arrivait donc forcément pendant une bande-annonce, ou pouvait avoir l’impression que le film était commencé. Je me souviens très bien avoir eu ce doute devant celle du Nom de la Rose, mais ce devait justement être avant Jack Burton, vu les dates.

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Souvenirs : Question de perspective (1987)

Souvenir précédent

Double Dragon (1987, Atari ST)(ce souvenir revisite un article publié en décembre 2013 sur Retrogame Blog) Comme beaucoup de joueurs dont la passion est née d’une frustration, je ne viens pas d’un milieu très ouvert aux jeux vidéo ni au high-tech en général ; ma famille a sans doute été l’une des dernières en France à s’équiper d’un magnétoscope par exemple, et c’est probablement de là que vient ma fascination pour l’image en général. Il me semble donc que mes connaissances des jeux vidéo étaient proches du néant à sept ans. Je n’avais peut-être même pas encore vu la moindre borne d’arcade dans un café, lieu où je n’avais de toute façon rien à faire à cet âge. Ce n’est que plus tard que je serai fasciné par des jeux comme Shinobi, Rampage ou Operation Wolf, justement parce que je n’avais pas le droit d’y jouer. La Master System et la NES venant à peine d’arriver en France en 1987, j’imagine que ma vision du jeu vidéo se limitait alors à Pac-Man – du moins le dessin animé ! – et à la borne aperçue dans WarGames (1983). J’avais aussi vu une fois, chez des amis de la famille, un jeu qui devait être Dark Castle (1986) sur Macintosh ou une version monochrome de Conan: Hall of Volta (1984) sur Apple ][. C’était impressionnant et la machine avait un prix exorbitant ; ce devait être déjà exceptionnel que les enfants aient le droit de faire une partie, et nous de les regarder jouer.

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Souvenirs : La Main protectrice (1986)

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986)Ce texte est le premier d’une série (que j’espère assez longue) d’articles qui devraient toutefois beaucoup varier en matière de longueur. J’ai ressenti le besoin de raconter certains souvenirs marquants de ma jeunesse, mais trop personnels pour être publiés sur le site dont je m’occupe, et pas forcément liés aux jeux vidéo puisque le premier a trait au cinéma, et qu’il y en aura peut-être sur le catch. J’ai déjà établi une liste de treize anecdotes que je pense avoir classées par ordre à peu près chronologique, mais je ne préfère pas la diffuser pour l’instant d’autant qu’à tous les coups, d’autres vont me revenir et sans doute bouleverser cet ordre… Je commence donc avec l’un de mes premiers chocs cinématographiques, même si Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986) n’est pas le premier film que j’ai vu en salle. J’avais déjà été traumatisé bien avant ça, à l’âge de trois ans, par les projections d’E.T. (1982) et surtout de L’Espion qui m’aimait (1977) dans un village de vacances. Bizarrement, la séquence assez kitsch de ce dernier où Requin (le méchant) traque un malheureux, en brisant avec ses dents le cadenas de la cellule dans laquelle il s’est caché, a eu un impact bien plus profond sur moi que la scène (assez sublime pour l’avoir revue) où une jeune femme est jetée dans le bassin d’un requin (le poisson). Quoi qu’il en soit, ma fascination pour le cinéma a commencé comme cela, par la peur, d’où mon goût pour les films fantastiques et d’horreur.

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10 sons de rap français (ou belge) pour changer

Il y a déjà plus de trois ans – plusieurs liens de vidéos sont d’ailleurs morts entretemps – je publiais un article présentant vingt artistes que j’apprécie et qui me semblaient assez méconnus à l’époque ; certains d’entre eux ont bien percé depuis. Et j’avais découvert plusieurs d’entre eux grâce au Mouv’, radio reconvertie depuis quelques années au rap à la manière de Skyrock à une autre époque – cela fait donc deux fois que ça m’arrive ! Cependant, j’avais déjà changé de fréquence depuis longtemps lors du changement dans le cas de Skyrock, tandis que j’écoute toujours Le Mouv’, mais plus pour l’absence de pubs et pour les animateurs, et je regrette d’ailleurs davantage la disparition (ou du moins la diminution) de journalistes de qualité plutôt que la nouvelle programmation musicale. Ils ont en tout cas été beaucoup raillés à l’époque, car ce changement brutal (quoique préparé par la diffusion progressive de rap accessible comme Disiz ou Soprano) pouvait paraître un véritable suicide éditorial, et il est évident qu’ils ont dû perdre pas mal d’auditeurs sur le moment. Et pourtant, ils ont sans doute eu raison à long terme puisque les statistiques montrent bien que ce sont Niska, Damso et Cie qui trônent sur les premières places des différents classements de streaming…

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