Trois séries françaises littéralement fantastiques !

La Brigade des maléfices (1971)J’avoue ne pas avoir prévu de parler de séries sur ce blog ; la preuve en est que j’ai mis cet article dans la rubrique « Cinéma ». Mais je n’allais pas en créer une autre juste pour cette occasion et après tout, les séries relèvent de l’art cinématographique et celles-ci ont même été tournées en pellicule ! C’est un article du numéro de septembre 2013 des Cahiers du Cinéma qui m’a fait découvrir que la télévision française a produit bon nombre de séries et téléfilms fantastiques ou de science-fiction de la fin des années 60 jusqu’au début des années 80… J’ai gardé tout ça dans un coin de ma mémoire jusqu’à mon dernier anniversaire où j’ai reçu, comme l’année précédente, un bon d’achat pour la boutique de l’INA. Et en allant dessus, je suis tombé sur un autre film de la collection Les Inédits Fantastiques qui avait en partie motivé l’article des Cahiers. Mais le choix fut difficile pour moi car la série mentionnée dans l’article qui me tentait le plus n’était précisément pas disponible, à savoir L’homme sans visage de Georges Franju. Et l’offre de l’INA ne se limite pas aux DVD, puisque certaines séries sont disponibles en VoD, et sans DRM contrairement à Arte. Enfin, elle semble s’être encore étoffée récemment, et une prochaine fois, je serai sans doute tenté par le Fantômas de Claude Chabrol ou par Aux frontières du possible. La première saison de cette dernière datant de 1971, cela signifie que cette année-là, l’ORTF a produit deux séries d’enquêtes surnaturelles à la X-Files !!!

LES COMPAGNONS DE BAAL (1968)

N’ayant donc pas pu opter pour L’homme sans visage, je me suis rabattu sur l’autre série écrite par Jacques Champreux, également réputée et recommandée par les Cahiers. Cette série de 7 épisodes, qui raconte les aventures du journaliste Claude Leroy aux prises avec une société secrète et satanique, est délicieusement inspirée par la bande dessinée et rappelle beaucoup Tintin, avec ses méchants en cagoules, ses filatures et ses side-cars – un moyen de locomotion très populaire à l’époque, alors qu’on prononçait encore « side » comme la pièce de Corneille ! La série étant tournée dans le même noir et blanc que le plus ancien Thierry la Fronde, je craignais de m’ennuyer mais le rythme est plutôt soutenu et l’intérêt sans cesse ravivé par des rebondissements rocambolesques. L’épisode 2, en particulier, est un vrai régal d’autant que les bastons foireuses ou les répliques surjouées, plutôt que de dater l’ensemble, contribuent au contraire aujourd’hui à rendre la série jubilatoire.

Popeck avec un sérieux de pape en bonne-soeur

Popeck avec un sérieux de pape en bonne-soeur

Le casting est certes inégal – faire incarner le rôle principal par le créateur de la série est rarement une bonne idée – mais on a le plaisir de retrouver une Claire Nadeau si juvénile qu’il m’a fallu plusieurs scènes pour la reconnaître, et même un Popeck sans moustache ni accent, du moins quand il n’est pas déguisé. Il joue en effet l’inquiétant homme de main du grand méchant, interprété par un Jean Martin habité et qui met sa voix théâtrale – l’oiseau du Roi et l’Oiseau, c’est lui ! – au service de son personnage, un maître du déguisement inspiré par Fantômas. Il faut le voir prendre le temps de se grimer en clochard alors qu’il est appelé d’urgence, ou cabotiner en vieux professeur feignant l’ignorance. C’est aussi l’occasion de redécouvrir le Paris de l’époque et d’entendre des expressions d’un autre âge comme « Vous, restez ici, il peut y avoir du vilain ! » Quand je vois la manière dont le cinéma français a tenté en vain de rebooter Vidocq, Belphégor, Les Brigades du Tigre, Les Chevaliers du Ciel et Cie, je me dis qu’on a sans doute pris tout ça un peu trop au sérieux. Il suffit de comparer à la manière dont les Américains ont modernisé Starsky & Hutch et 21 Jump Street pour comprendre qu’une série comme Les Compagnons de Baal, d’emblée assez légère, pourrait donner quelque chose de très chouette entre les mains d’un Michel Hazanavicius par exemple – à condition que lui aussi se prenne un peu moins au sérieux…

Les Compagnons de Baal sur INA.fr

LA BRIGADE DES MALÉFICES (1971)

J’ai choisi cette série car j’en voulais au moins une en DVD, et c’était la plus tentante parmi celles qui étaient mentionnées dans l’article des Cahiers du Cinéma. Néanmoins, ayant l’esprit scientifique, j’avais vraiment peur de ne pas accrocher à la manière dont elle embrasse le fantastique avec candeur. Heureusement, comme la série précédente, elle ne se prend pas au sérieux. Tournée seulement trois ans plus tard, elle témoigne encore de la popularité des side-cars mais le résultat est très différent, ne serait-ce que les couleurs et les musiques 70’s, mais il faut dire qu’on est moins dans le référentiel et l’héritage de Louis Feuillade. La série suit vraiment le moule d’un X-Files avec vingt-cinq ans d’avance, avec une séquence prégénérique finissant souvent par un meurtre ou un méfait, et l’épisode relatant parallèlement l’enquête et les péripéties des futures nouvelles victimes, sauvées in extremis. Le commissaire Guillaume-Martin Paumier est cela dit bien plus horripilant que Mulder avec son côté encore plus je-sais-tout, son look à la Aristide Bruant et sa diction lente et particulièrement agaçante. En plus, il résout souvent les affaires de manière très passive…

Le diabolique Pierre Brasseur / Anny Duperey en bombasse de Vénus

Le diabolique Pierre Brasseur / Anny Duperey en bombasse de Vénus

Mais la série a le bon goût, comme c’est souvent le cas en France, de ne pas en faire le vrai protagoniste des épisodes et de passer plus de temps avec les futures victimes. Les scénarios sont évidemment abracadabrantesques, mais une fois l’argument de départ accepté, ils se montrent cohérents et ont au moins le mérite d’être peu prévisibles. L’épisode 2, dans lequel la septième chaîne (Arte ?) provoque des meurtres, est étonnamment bien ficelé et le plan du méchant joué par Pierre Brasseur – dont le fils Claude apparaît également dans la série – est assez astucieux à défaut d’avoir une motivation autre que la méchanceté pure. L’épilogue en mise en abyme est en outre bien marrant. La série est donc divertissante et son générique jubilatoire, mais elle repose un peu trop sur la chance ou le flair indécent de Paumier ; ça manque d’un minimum de danger. Elle s’est finalement arrêtée au bout de six épisodes même si dans le dernier, les habitants du HLM hanté regardent la télévision alors qu’une speakerine y annonce un 49e épisode : « La Sorcière du drugstore » ! C’est ballot…

La Brigade des maléfices sur INA.fr

NOIRES SONT LES GALAXIES (1981)

Le choix de cette série découlait un peu des deux autres, parce que ça me permettait d’en avoir une représentant une période plus récente – d’autant que je n’étais pas certain d’accrocher aux vieilleries pompidoliennes – mais aussi un thème et un ton différents : science-fiction et noirceur. En plus, en grand fan de Body Snatchers et Cie, cette histoire d’extra-terrestres en manque de cadavres ne pouvait que me plaire. Et d’emblée, l’ambiance est à l’opposé des deux autres, littéralement sombre. Ce feuilleton en quatre parties débute par un suicide dans un cours d’eau noir, lors d’une nuit noire, comme toutes les autres scènes nocturnes d’ailleurs. La musique alterne entre une sorte de jazz, souvent anxiogène, et les nappes de synthé glacées. Jouant plutôt sur la suggestion au départ, un peu comme Under the Skin si on veut, le feuilleton devient progressivement moins avare en effets spéciaux avec de spectaculaires croissances de plante spontanées, mais demeure low-fi sans être (trop) cheap. Sur le plan narratif, l’atmosphère n’est pas toujours morne malgré le contexte de crise en France, mais le récit est plus mélancolique que terrifiant, d’autant que certains extra-terrestres sont moins belliqueux que dans la plupart des films ou séries américaines ; ce sont des déportés (sic) qui viennent sur Terre pour échapper à un génocide…

Catriona MacColl

Mais… elle s’est encore gourée de porte ou quoi ??

Côté casting, comme souvent à la télévision, c’est assez inégal et on ne note pas de « star » mais seulement quelques têtes et surtout des voix familières, dont celle de Will Smith ; il est clair que les acteurs de cette époque qui n’ont pas disparu de la circulation se sont souvent reconvertis dans le doublage, alors que la création française périclitait au profit de l’importation de fictions américaines. Les cinéphiles apprécieront quand même la présence de Catriona MacColl, égérie de Lucio Fulci mais aussi Lady Oscar au cinéma. J’ignore si elle vivait déjà en France à l’époque mais elle parle remarquablement bien le français, en dépit d’un texte pas franchement « disable » comme dirait mon prof de scénario… Les deux acteurs principaux, eux, laissent pas mal à désirer même si Catherine Leprince était bien mignonne. Elle aussi quittera peu à peu les écrans pour partir à la campagne et mener une nouvelle vie. Le fantastique français, lui, quittera nos écrans définitivement…

Noires sont les galaxies sur INA.fr

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