3 séries B sauvées par la 3D

De la confusion entre 3D, réalité augmentée et réalité virtuelle dans la culture populaire

De la confusion entre 3D, réalité augmentée et réalité virtuelle dans la culture populaire

Il m’était possible de publier ce nouvel article dès cet été, mais je voulais l’éloigner autant que possible de mon dernier sur le sujet… Depuis, la situation de la 3D s’est encore empirée, entre des films comme SOS Fantômes et Doctor Strange difficiles à voir dans ce format sur Paris alors qu’ils ont été clairement pensés pour, bien qu’il s’agisse de conversions. Le site Real or Fake 3D n’est en outre plus mis à jour depuis la fin octobre et, summum symbolique de la situation, le seul fabricant à proposer des écrans 4K compatibles 3D, LG, ne l’indique même plus sur l’emballage pour ne pas faire peur aux acheteurs !… Autre conséquence absolument pathétique de l’attitude des constructeurs, le casque PlayStation VR, qui permet aussi de regarder façon écran de cinéma personnel des Blu-rays – et même n’importe quel support utilisant le HDMI, y compris les consoles des concurrents ! – ne peut pas (encore ?) lire les Blu-rays 3D. Il doit y avoir quelque chose qui m’échappe, parce qu’il me semblait pourtant enfantin de gérer les deux images du format 3D, dans la mesure où le casque doit de toute façon afficher précisément… deux images. En est-on vraiment arrivé à un point où Sony pense que les premiers adeptes de la réalité virtuelle sont refroidis par un procédé qui est pourtant intrinsèque à la VR ? Bref, changeons-nous un peu les idées :

Les Dents de la mer 3Les Dents de la mer 3
réalisé par Joe Alves
sorti le 21 décembre 1983

La sortie de ce Blu-ray cet été a constitué un petit évènement car le film appartient à la seconde vague maudite de la 3D au début des années 1980, composée surtout d’épisodes mineurs de séries horrifiques (Vendredi 13, Amityville), mais aussi de films oubliés qui mériteraient sûrement d’être redécouverts grâce à la technologie actuelle. J’avais vu une ou deux fois le film enfant, et je me souvenais de ces fameux plans d’objets « flottant au milieu de l’écran » où la 2D ne faisait que souligner la faiblesse des incrustations de l’époque. Évidemment, l’ensemble est nunuche avec un scénario improbable – une maman-requin venge son petit – mais le casting fleure bon les années 1980 : Dennis « L’Aventure intérieure » Quaid, Lea « Retour vers le Futur » Thompson (ici littéralement à croquer) et Simon « Manimal » MacCorkindale. La 3D n’en fait pas un chef d’œuvre, mais vaut le coup d’œil pour son intensité. C’est sans doute propre aux tentatives de cette époque, mais l’effet est très prononcé et fera souffrir ceux qui se plaignent de loucher. Il n’y avait sans doute pas de stéréographe castrateur sur les plateaux à l’époque, et le film enchaîne souvent les plans courts avec des réglages différents, ce qui fatigue un peu… Mais surtout, je n’avais pas vu de jaillissements aussi forts depuis le Futuroscope ; ils paraissent carrément plus proches de notre visage que de l’écran ! Même sur le plan du cadavre en décomposition qui m’avait traumatisé enfant à cause des insectes qui grouillent dessus, le relief a été amplifié de manière étonnante… Cela étant, ce qui est vrai pour le relief l’est pour la profondeur, et tous les plans, en particulier les scènes de foule et les séquences sous-marines, en deviennent fascinants… Même celui où Dennis Quaid tient religieusement les oreilles de son chien pour qu’il mange sans se salir ! Comme tous les films tournés en pellicule, il y a forcément du grain, ce qui pourra déstabiliser certains mais n’est pas sans charme. En revanche, pour en revenir à notre introduction désabusée, il faut noter que le Blu-ray n’est absolument pas présenté comme un Blu-ray 3D ; seul un macaron sur la jaquette indique que la version 3D est incluse sous forme de bonus (unique). On ne peut en tout cas que se réjouir qu’un film puisse être enfin vu comme il aurait toujours dû l’être, contrairement au Météore de la Nuit, au hasard. Toutefois, le blog français entièrement dédié au film trouve quand même le moyen de se plaindre du format non respecté…

SanctumSanctum
réalisé par Alister Grierson
sorti le 23 février 2011

Pour poursuivre l’évangélisation de la 3D après le succès d’Avatar, et ayant alors sans doute déjà conscience que la suite n’arriverait pas tout de suite (mais peut-être pas à ce point !), James Cameron a produit cette petite série B qui a le mérite de ne pas trop recourir aux effets spéciaux. Et comme on l’a déjà constaté grâce à Werner Herzog notamment, les grottes se prêtent à merveille à la 3D… mais hélas moins à la compression vidéo du Blu-ray. Les séquences sous-marines s’en tirent heureusement mieux de ce point de vue et elles sont franchement bluffantes, d’autant que les scaphandres amplifient le relief des visages… Hélas, Cameron a beau avoir signé pas mal de chefs d’œuvre, les films qu’il produit sont nettement en dessous et, comme Virus de John Bruno par exemple, ils ressemblent souvent à la caricature de son propre cinéma – ce que l’on constate aussi d’ailleurs avec Luc Besson et Steven Spielberg. On retrouve en effet ici, outre sa passion pour la plongée, plein d’éléments d’Abyss : le « méchant » est un simple membre de l’équipage qui sombre dans la folie, l’accumulation de conflits entre les personnages auxquels s’ajoutent des problèmes extérieurs dont une tempête, etc. Mais le trait est clairement plus épais. C’est parfois très réussi, à l’image de cette première séquence de plongée peut-être involontairement troublante, parce que l’on ne sait pas à quel point c’est un accident ou un homicide (in)volontaire. Mais afin de créer plus de tension, les gaffes et la malchance s’accumulent et contrairement à Abyss, les personnages ne créent pas franchement l’empathie… Par exemple, une jeune femme meurt à cause d’une erreur d’escalade de débutant alors qu’elle est censée avoir fait l’ascension de l’Everest ! Certes, c’est aussi la faute de son copain qui lui colle une lampe torche dans la tronche, mais c’est tout à fait le genre de chose qui fait penser au spectateur que les personnages méritent leur sort… La relation conflictuelle entre le héros et son père, sans doute l’aspect le plus intéressant du film, suffisait sûrement et n’avait pas besoin non plus d’être soulignée par l’entremise d’un méchant de comic book dont la disparition est en plus aussi saugrenue que l’apparition.

Derrière les mursDerrière les murs
réalisé par Pascal Sid & Julien Lacombe
sorti le 6 juillet 2011

Cas relativement unique de film français live en 3D, Derrière les murs ne m’a à l’origine pas tant intrigué pour cet aspect que par le fait que l’on doit la musique à David Reyes, qui a composé celle de mes courts-métrages étudiants. La 3D y est cependant bien utilisée et met en valeur les compositions et les décors, mais aussi certains effets comme la vapeur de la locomotive au début ou les flammes à la fin ; certaines scènes coupées sont d’ailleurs aussi très belles en passant. Mais le film manque hélas cruellement d’ambition, narrative surtout mais aussi un peu formelle en dehors du procédé employé. Lætitia Casta ne me faisant aucun effet même si je n’ai rien à lui reprocher, on se retrouve avec une histoire de fantôme classique et ponctué de maladresses. Je pense à ce gros plan sur une machine à écrire où la seule chose tapée sur la feuille est « roman de Suzanne Bérancourt », histoire de nous donner l’état civil de la protagoniste, suivi d’une séquence au téléphone où son éditeur lui assène « je sais que c’est difficile pour toi en ce moment avec le décès de ta fille ». Or personne ne serait assez grossier pour préciser l’évidence si ce n’est pour renseigner le public ! Le film cherche aussi à créer de la tension souvent artificiellement, soit par la mise en scène (multiples raccords dans l’axe sur une vision qui n’a en soi rien de terrifiant), soit par de fausses bonnes idées (Casta qui coiffe maladivement une petite fille). Faire référence à The Shining n’est pas follement original et, si Casta est plutôt en retenue, Jacques Bonnaffé, que j’aime bien, en fait des tonnes. En bref, on se retrouve avec un récit qui reprend les éléments les plus galvaudés et les moins intéressants de Lovecraft, alors que le duo de réalisateurs souhaitait initialement adapter Le Horla, l’occasion idéale d’utiliser la 3D pour figurer un homme invisible (cf. cet article à propos de Star Wars VII). Et le film n’ayant sans doute pas bien marché, ils n’en auront probablement jamais l’occasion, hélas… Mais au moins, grâce à la courte interview de la stéréographe Céline Tricart, je sais enfin que l’écart entre les deux caméras s’appelle l’entraxe !

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