Labyrainette

The Maze (1953)

Comme je menaçais de le faire dans mon précédent article, je me suis fait une commande de huit Blu-rays américains (dont sept en 3D) histoire de rentabiliser mon lecteur multi-zone. J’avais au préalable recensé un maximum de films disponibles sur Amazon.com et, parmi ceux qui étaient en stock, j’ai sélectionné ceux ayant des frais de port similaires (pour les mutualiser) puis j’ai éliminé les plus chers ; certains dépassent tout de même les $50… Je n’ai donc aucune comédie musicale pour le moment, ni l’unique (?) film de guerre en 3D, mais sept films allant de 1953 à 1984, sans western cette fois mais avec surtout de l’horreur et un zeste d’aventure. Il est aussi intéressant de noter que trois films n’appartiennent ni à la première vague des années 1950, ni à la deuxième des années 1980, mais nous y reviendrons, donc, le but étant de les traiter individuellement quitte à proposer des articles plus courts mais réguliers. Il faut dire que la plupart de ces Blu-rays sont édités par Kino Lorber, et ils proposent presque toujours des commentaires audio passionnants et parfois des courts-métrages en bonus, comme un dessin animé en 3D de Woody Woodpecker avec Wings of the Hawk (1953), que je n’avais hélas pas encore vu à la publication de mon article…

Il est en effet rare que j’écoute le commentaire audio dans la foulée du premier visionnage, et je le fais même en général longtemps plus tard, mais j’aurais au moins dû le faire avant de publier mon article car j’ai appris pas mal de choses qui auraient dû y figurer… Par exemple, le long-métrage de Budd Boetticher a la particularité importante d’être le tout premier film au format 1.85 de l’Histoire, à une époque où toutes les majors expérimentent les leurs avant que le cinémascope (2.35) ne s’impose en 1954 – du moins pour les blockbusters, le 1.85 demeurant le format standard du cinéma hollywoodien non spectaculaire (alors que l’Europe optera pour le 1.66). C’est d’ailleurs le cinémascope qui sonne le glas de la première vague de films en 3D, étant vendu comme tout aussi immersif mais posant surtout beaucoup moins de problèmes à la projection… Car si pour ma défense, l’un des intervenants du commentaire audio de Taza, fils de Cochise (1954) s’étonne bien de la présence d’un entracte dans un film si court, c’était en fait la norme pour les films 3D de l’époque. En effet, comme je l’expliquais justement en note de mon commentaire sur le film de Douglas Sirk, on n’avait pas encore trouvé le moyen de n’utiliser qu’un seul projecteur, et il était donc impossible de changer deux bobines à la volée, comme on le faisait alors à l’aide du fameux repère popularisé par Fight Club (1999), tout en les gardant synchrones. Et les plus grosses bobines faisant moins de cinquante minutes, il fallait au moins une pause dans un long-métrage d’une heure et demie.


The Maze (1953)

The Maze (1953)Il s’agit de l’ultime long-métrage de William Cameron Menzies qui en est aussi le chef décorateur et pas n’importe lequel, puisque c’est lui qui a inventé ce poste (production designer) quand il travaillait sur Autant en emporte le vent (1939) – excusez du peu… Et si sa filmographie en tant que réalisateur n’est pas mirobolante (son film le plus connu est sans doute Invaders from Mars (1953)), il a mine de rien retourné la séquence de rêve surréaliste de La Maison du docteur Edwardes (1945) d’Hitchcock, et il est évident que son sens du décor était pertinent pour la 3D à l’instar de celui de Ridley Scott. Et dès le premier plan de The Maze, un travelling qui passe la porte du labyrinthe végétal éponyme, il est évident que ce dernier se prête aussi parfaitement à la stéréoscopie, même s’il n’est finalement pas si présent hélas. Il faut dire en plus que la restauration est sublime, et c’est sans doute l’un des plus beaux de la première vague avec Taza, fils de Cochise (1954), même s’il est lui dans un noir et blanc qui tranche avec le réalisme de la 3D. La plupart des plans jouent avec la profondeur et les jaillissements sont plutôt timides (un ballon jeté mollement) ou ne recherchent pas le spectaculaire (une main ou une lettre tendue). L’une des rares tentatives d’effets forains, qui voit des chauve-souris ridiculement fausses voleter vers la caméra, est même franchement ratée… De toute façon, comme la plupart des films d’épouvante pré-Psychose, il est assez économe dans ses effets – du moins jusqu’au dernier quart d’heure. En effet, alors qu’on avait l’impression jusque-là d’avoir affaire à un film quasiment digne du Secret derrière la porte (1948), le mystère qu’il dévoile enfin au cœur du fameux labyrinthe le fait hélas tomber dans le domaine de la (sympathique) série Z à la William Castle. Pour sa défense, il conserve le twist du roman de Maurice-Yves Sandoz (lui-même inspiré d’une authentique légende écossaise) qui devait sans doute mieux fonctionner à l’écrit, l’auteur suisse appartenant au mouvement surréaliste. Mais il est bien difficile (et c’était du reste déjà le cas pour les critiques de l’époque) de ne pas éclater de rire face à cette révélation impossible à voir venir – et j’avais pourtant vu Mandibules le matin même… Et cela rend encore plus agaçant a posteriori le comportement du fiancé de la protagoniste joué par Richard Carlson, abonné à la 3D puisqu’il venait de tourner Le Météore de la nuit (1953) et allait enchaîner avec L’Étrange créature du lac noir (1954) du même Jack Arnold.

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